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Armée de l'Intérieur
Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1939, la veille de la capitulation de Varsovie, le général Micha³ Karaszewicz-Tokarzewski reçut du Commandant en chef, interné en Roumanie, l'ordre de former un groupement militaire clandestin. En quelques semaines, il arriva a convoquer les officiers qui avaient échappé a la captivité et qui créerent, ex nihilo, la plus puissante armée clandestine de l'Europe sous l'occupation. Son nom initial était Service pour la Victoire de la Pologne (S³u¿ba Zwyciêstwu Polski - SZP), ensuite Union de la Lutte Armée (Zwi±zek Walki Zbrojnej - ZWZ), et a partir du mois de février 1942, Armée de l'Intérieur (Armia Krajowa - AK), cette derniere appellation étant la plus connue. Le général Stefan Rowecki (pseudonyme " Grot "), son véritable organisateur, en était d'abord le chef de l'Etat-major, ensuite Commandant en chef de juin 1940 a juin 1943. Apres son arrestation par la Gestapo, ses fonctions furent reprises par le général Tadeusz Komorowski (pseudonyme " Bór "). L'Armée de l'Intérieur, formation de volontaires, constituait une partie des Forces armées polonaises, dont le commandement se trouvait en exil, et en meme temps le segment le plus important de l'Etat Clandestin Polonais. L'objectif essentiel de l'Armée de l'Intérieur consistait a préparer et mener a bien un soulevement général au moment de l'arrivée du front ou en cas d'effondrement des forces armées allemandes. Ainsi les structures appropriées étaient-elles mises en place : état-major, commandements des différentes armes et des services, commandements territoriaux (districts et départements a l'échelon inférieur), on amoncelait le matériel, formait les soldats et les officiers, réunissait les informations sur l'ennemi. Cependant, vu la nature criminelle de l'occupation ainsi que l'état d'esprit régnant dans la société, il fallut également entreprendre la lutte au quotidien. Ainsi, l'activité de l'Armée de l'Intérieur se différenciait en deux parties ou phases étroitement liées : 1. lutte clandestine courante, 2. soulevement général (au cours duquel la structure complete des forces armées devait etre reconstituée).
En parallele a l'armée officielle naissaient les unités militarisées relevant de partis politiques ainsi qu'une clandestinité basée sur les organisations sociales (notamment les Services sapeurs-pompiers avec l'organisation " Roc ") et des jeunes (notamment l'Union des Scouts de Pologne et leurs " Rangs Gris "). L'une des tâches du commandant de l'Armée de l'Intérieur était de les réunir, ce qui prit un certain temps. En définitive, une partie des nationalistes radicaux (Forces Armées Nationales - Narodowe Si³y Zbrojne) resta en dehors des structures de l'Armée de l'Intérieur, de meme que les unités militaires du parti communiste, mises en place des l'été 1942. Au printemps 1944, une fois le processus d'intégration terminé, l'Armée de l'Intérieur comptait plus de 300 mille soldats assermentés.
A côté des structures d'état-major et territoriales, il existait des unités spéciales destinées notamment a faire diversion. En avril 1940 fut fondée l'Union pour la Revanche (Zwi±zek Odwetu), transformée ensuite en Direction de la Diversion (Kedyw), active au niveau central et dans tous les districts. En septembre 1941, suite notamment a la détérioration des relations polono-soviétiques, fut créé l'organisation " Eventail ", service de renseignement et en meme temps de diversion a l'arriere du front germano-soviétique. Du 1er janvier 1941 au 30 juin 1944, dans le cadre du combat courant, les unités de l'Armée de l'Intérieur et annexes ont entre autres fait dérailler 732 trains, incendierent 443 transports, détruisirent pres de 4,3 mille véhicules, brulerent 130 entrepôts d'armes et d'équipements, endommagerent 19 mille wagons et pres de 6,9 mille locomotives, mirent le feu a 1,2 mille citernes d'essence, firent sauter presque 40 viaducs ferroviaires, démantelerent 5 puits pétroliers, " congelerent " 3 grands fourneaux, menerent environ 25 mille actions de sabotage dans les usines d'armement, perpétrerent presque 5,7 mille attentats contre les fonctionnaires de différentes formations policieres, les soldats et les Volksdeutsch, libérerent des détenus dans 16 prisons. Les maquis, actifs des 1943, tuerent plus de mille Allemands dans plus de 170 combats. Au début de 1944, l'Armée de l'Intérieur possédait une soixantaine de troupes permanentes de maquis (dont certaines de plusieurs centaines de soldats ) et presque 200 patrouilles de diversion. Des groupes de subversion clandestine étaient organisés dans certains camps de concentration (notamment Auschwitz) et parmi les Polonais aux travaux forcés en Allemagne, on vint aussi au secours de prisonniers de guerre alliés évadés. Le contact avec le Gouvernement polonais en exil et l'état-major du Commandant en chef était assuré par la radio et les émissaires, les bases de relais fonctionnaient en permanence (dont la plus importante a Budapest) de meme que les estafettes (entre autres pour la Suede). Des février 1942, 316 Polonais, officiers de diversion et de renseignements, formés en Angleterre, purent passer clandestinement en Pologne. Une action subversive de propagande était organisée a l'adresse des soldats allemands (Action " N "). L'Armée de l'Intérieur menait une vaste activité éditoriale avec environ 250 tracts et bulletins dont " Biuletyn Informacyjny ", le plus important, parut du 5 novembre 1939 a janvier 1945, mais aussi reglements militaires, manuels pour écoles de sous-officiers (terminées par pres de 8,6 mille personnes). C'était donc une activité extremement variée. L'on ne saurait oublier la contribution toute particuliere a la lutte contre l'occupant de l'Organisation Juive de Combat (¯ydowska Organizacja Bojowa - ¯OB), d'abord sous forme de l'insurrection du Ghetto de Varsovie, geste héroique désespéré (19 avril - 16 mai 1943) et de l'Union Militaire Juive, soutenue directement par l'Armée de l'Intérieur (¯ydowski Zwi±zek Wojskowy - ¯ZW).
Parmi les exploits les plus spectaculaires de l'Armée de l'Intérieur, il faut évoquer entre autres l'immobilisation du noud ferroviaire de Varsovie (7 au 8 octobre 1942), la délivrance de prisonniers a Piñsk (18 janvier 1943), l'attentat a la bombe dans une station de train urbain a Berlin (15 février 1943), la délivrance de prisonniers au centre de Varsovie (" action a l'Arsenal ", 26 mars 1943), l'attentat contre Franz Kutschera, commandant des SS et de la Police du District de Varsovie (1er février 1944).
On évalue que jusqu'au mois de juillet, pres de 34 soldats de l'Armée de l'Intérieur et de formations annexes ont trouvé la mort, dans le combat, mais le plus souvent fusillés ou suppliciés en prison, soit environ 10 % des effectifs. Parmi les émissaires clandestins, les pertes s'élevaient au tiers.
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